Les
crises alimentaires dans une trentaine de pays mettent en lumière, s’il le
fallait encore, le rôle stratégique de l’agriculture. Un rôle que redécouvrent
la Banque mondiale et le FMI, après avoir fait beaucoup de dégâts en promouvant
des politiques ultra-libérales qui ont ignoré le développement des agricultures
vivrières locales pourtant nécessaires pour que ces pays atteignent l’autonomie
alimentaire.
Les
Européens seraient fort avisés de retenir que la sécurité alimentaire sera de
plus en plus aléatoire partout, vu les évolutions démographiques. Et que
l’équilibre alimentaire mondial impose à l’UE de produire plus et mieux plutôt
que de continuer dans la voie de la lutte contre les excédents d’hier (page 6).
La
Commission européenne devrait donc se demander s’il faut continuer à faire du
découplage des aides et du démantèlement des derniers instruments de marché
l’alpha et l’oméga de la PAC. Car cela ne va guère dans le sens de la sécurité
d’approvisionnement des 450 millions d’Européens et de la planète.
La
filière européenne betterave-sucre en sait quelque chose alors qu’elle achève
sa restructuration conformément aux objectifs fixés par la réforme sucre (page
4), l’UE étant devenue l’un des plus gros importateurs du monde après avoir été
leader mondial du sucre blanc ! Faudra-t-il attendre une décennie pour que la
Commission fasse amende honorable comme la Banque mondiale pour cette
orientation à contretemps ?
Quant à
ceux qui rendent les biocarburants européens responsables des pénuries alimentaires
dans les pays pauvres, ils frisent le ridicule. Car le modèle français et
européen, calé sur des objectifs raisonnables et des critères de durabilité
(page 5), n’a aucun impact sur la sécurité alimentaire et ne joue aucun rôle
significatif dans le renchérissement des matières premières agricoles. Et plus
largement, depuis quand les biocarburants produits en masse au Brésil à partir
de la canne auraient-ils fait flamber les cours du sucre qui reste, au
contraire, à l’écart de toute hausse de prix ?
Dans ce
contexte hautement volatile et face au désengagement des pouvoirs publics de la
gestion des marchés, les débats du congrès de la FNSEA ne pouvaient que porter
sur le nécessaire renforcement des interprofessions et l’amélioration de la
gouvernance des coopératives (page 2). Car tout se tient : c’est en effet grâce
à des filières bien calées sur des interprofessions fortes que l’agriculture
française pourra produire à hauteur des besoins alimentaires de l’Europe et de
la planète. Sauf à devoir faire plus tard amende honorable après en avoir payé
les pots cassés…
Notre
secteur a fait le choix pour la prochaine récolte 2008 de rester dans un cadre
très organisé en renouvelant l’accord interprofessionnel (page 5). Cette
décision est sage et d’autant plus justifiée que notre filière traverse une
période d’intense restructuration.