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  • En Suisse : Le sanglier mettra-t-il le feu au lac ?

    En 1974, nos amis suisses ont décidé d’interdire la chasse du sanglier dans le canton de Genève. Du coup, ce sont des professionnels qui s’y collent. Cela coûte cher et le contribuable commence à renâcler.


    En Suisse, on avait peu de sangliers, mais on avait des idées. C’est ainsi que nos voisins ont décidé, en 1974, d’interdire la chasse dans le canton de Genève. On le sait, les écologistes ont une marotte : la nature est aimable et s’autorégule sans que l’homme ait besoin d’y fourrer son nez. Au bout d’un moment quand même, à force de ne plus chasser, le grand gibier est devenu envahissant et les agriculteurs se sont fâchés.
    Du coup, le gouvernement a eu une autre bonne idée : payer des fonctionnaires pour réguler les animaux excédentaires. La différence est essentielle : on ne chasse plus, on fait tuer les animaux par des gardes appointés. Vous me direz que, du point de vue de l’animal, cela ne change pas grand-chose mais, du côté de l’idéologie, c’est magnifique. Donc nos gardes "allaient au turbin" abattant les animaux comme on fauche la mauvaise herbe.
    Mais voici que les choses se gâtent… ou s’améliorent selon les points de vue. Devant l’accroissement considérable des populations de sangliers dans le canton de Genève, la commission des finances a accepté, lors de l’approbation du budget 2010, un amendement d’un certain Pierre Weiss. Celui-ci proposait de retirer aux gardes-faune l’abattage des sangliers et de privatiser le travail, ce qui revient à rouvrir partiellement la chasse. « Nous avons 16 gardes-faune à Genève qui consacrent 20 % de leur temps à tirer des sangliers. En privatisant la régulation nous pourrions économiser 400 000 FS ! ». Bon an, mal an, les gardes tuent 500 sangliers dans le canton. Cela ne rapporte rien à la collectivité et coûte fort cher.

    Eduquer les chefs de hardes…

    La proposition de Pierre Weiss a fait bondir Christian Bavarel, le président de la commission, un écolo : « C’est un scandale, on réintroduit la chasse ! ». Christian Bavarel a son idée sur la manière de dissuader les sangliers d’attaquer les cultures : « Il ne faut pas tuer le chef de harde, il faut l’éduquer à éviter les endroits interdits en tirant quelques bêtes autour d’elle. » On le voit, les écologistes ont une connaissance approfondie des comportements animaux. Peut-être chuchotent-ils à l’oreille des sangliers ? Un autre intervenant qui dit des choses de poids, lui aussi, c’est Gilbert Mulhauser, le directeur du service de la nature et de la faune sauvage du canton de Genève. Il pense d’abord qu’il faut examiner la conformité de la proposition de Pierre Weiss avec la Constitution. Bien.
    « Mais l’important, ajoute-t-il, ce n’est pas seulement de tirer, mais aussi de clore les champs pour empêcher les dégâts ». Cet esprit pratique et innovant aurait pu préciser : "avec du grillage robuste et de bons piquets". Toujours lucide, il ajoute aussi : « Si on baisse les bras, les dégâts seront importants et les contribuables devront payer ». Les adversaires de la chasse, loin de désarmer, ont vu rouge : pour Jean Barth, "président du Comité d’initiative pour la suppression de la chasse" ( sic) : « L’économie de 400 000 FS, argument invoqué par la Commission des finances du Grand Conseil pour supprimer le budget de la régulation par les gardes-faune, ne parvient pas à masquer une décision idéologique et politique visant à réintroduire la chasse ». On pourrait rétorquer à ce monsieur que son propre point de vue est lui-même totalement idéologique et politique puisque sans rapport avec les réalités du terrain.
    On en est là. Faut-il autoriser une chasse raisonnable qui rapporte ou continuer à confier la destruction à des fonctionnaires rémunérés par les contribuables et qui ne peuvent suffire à la tâche ? N’importe quel esprit rationnel tirerait la conclusion adéquate. Mais dans le canton de Genève la pensée chemine doucement, et comme on dit volontiers là-bas : « Y a pas le feu au lac ! »