La gestion de la nature est indispensable. A ce titre, il est tout à fait raisonnable de classer sur une liste d’animaux “protégés” les espèces qui déclinent ou semblent décliner. Pourquoi ce déclin ? La première réaction des protectionnistes est, bien sûr, d’évoquer la chasse. C’est souvent inexact. Si le milieu convient, l’espèce peut parfaitement supporter une forte pression de chasse. Un exemple : En Angleterre, en Ecosse et en Irlande, le pigeon ramier est chassé pratiquement toute l’année. Il n’a pas de répit. Considéré comme une nuisance, ce pigeon est exposé au plomb du 1er janvier au 31 décembre. Dans ces conditions on pourrait penser que l’espèce va décliner. Pas du tout. Elle continue à proliférer. Les fermiers sont furieux et demandent une pression de chasse accrue au printemps. Ce phénomène ne devrait pas échapper à des gens qui disent avoir le culte de la nature et en connaître parfaitement les rouages. Mais quand on les interroge dans les médias sur le déclin d’une espèce, la réponse est toujours stéréotypée : « La chasse ». Un moyen de porter un coup supplémentaire à un loisir populaire et honni.
Quelques exemples
Quoi qu’il en soit, en France on “protège” à tour de bras. Le courlis cendré et la barge à queue noire - fleurons de la chasse côtière - ont récemment rejoint cette liste pour un “moratoire” de cinq ans. Rions un peu : chacun sait que le “moratoire” est l’antichambre de la protection “ad vitam”. Il n’y a jamais d’aller et retour. Protection un jour, protection toujours. Que l’on me cite un seul exemple d’une espèce passée de la liste protégée à la liste gibier !
On voit bien qu’il ne s’agit pas de bonne gestion mais d’un moyen habile de décourager les pratiquants. Passons maintenant en revue quelques espèces protégées.
L’oie noire bernache cravant grouille sur nos côtes. On en compte plus de 50 000 sur le seul bassin d’Arcachon, principale zone d’hivernage. Le héron cendré est si envahissant qu’il est devenu une plaie pour les pisciculteurs. Le cormoran est un tel fléau qu’il a fallu, très ponctuellement, à l’issue de longues démarches administratives, accorder quelques autorisations « dérogatoires » de tir. Quant au cygne, qui n’a jamais été gibier, c’est aussi une vraie catastrophe écologique. Il va sans doute falloir le gazer, comme les oies en Hollande. On pourrait penser que, pour les trois premières espèces citées, il aurait été plus simple de rouvrir une chasse assortie de quotas. Mais les associations de protecteurs étant ce qu’elles sont, c’est-à-dire des associations anti-chasse, les pouvoirs publics ne veulent pas prendre le risque de se les mettre à dos.
Rêvons un peu et imaginons que nous soyons au Québec ou aux Etats-Unis, pays où la chasse fait partie des activités de loisir sans polémique aucune. Cormorans, oies bernaches et hérons cendrés seraient réouverts depuis belle lurette ! Là-bas, on a la joie de voir des biologistes compter les oies blanches pendant la semaine et aller les chasser
le week-end. Pas d’états d’âme ni de sournoises arrière-pensées.
Jouez hautbois, résonnez musettes
On aurait pu penser que le monde de la chasse n’allait pas se laisser ainsi tailler des croupières année après année. Les porte-parole des chasseurs ont bien essayé de plaider pour une attitude plus rationnelle mais il semble qu’aujourd’hui ils se soient fait une raison. Le courlis cendré et la barge sont partis, demain, peut-être, le cendré ou l’huîtrier, la bécassine et la sarcelle, va savoir …
Généralement, la mise sous cloche d’une espèce commence par de grands cris d’alarme basés sur des “comptages”. On interpelle les pouvoirs publics sur la disparition imminente d’une espèce. Les comptages, c’est comme les statistiques, on leur fait dire ce que l’on veut. En outre, rien n’est plus aléatoire. C’est ainsi que, lors d’un récent comptage de canards siffleurs sur le bassin d’Arcachon, on comptait mille oiseaux de différence entre deux groupes d’observateurs !
Grand cri d’alarme d’abord : jouez haut-bois, résonnez musettes. Et mise sous cloche ensuite. Avec le fameux “moratoire”, bien sûr, destiné à mieux faire passer la pilule. Il faudrait se battre becs et ongles pour qu’au moins, à l’issue du “moratoire”, l’espèce puisse redevenir gibier si les comptages sont favorables. Mais, on l’a dit et répété, quand la porte s’est fermée, c’est à double tour. Dans trois ans gageons que l’on nous imposera un nouveau moratoire …
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