Le président de la Fédération Nationale des Chasseurs, Charles-Henri de Ponchalon, n’a pas mâché ses mots lors du récent colloque "Chasse et nature" : « Vraiment, nous espérions sortir d’une écologie où le monopole des interlocuteurs associatifs médiatico-bobos, de connivence ministérielle forte, serait remplacé par une vision équilibrée, une représentation sociétale intégrant largement utilisateurs, gestionnaires et propriétaires de la nature. Il n’en fut rien hormis la concession symbolique d’un ministère ectoplasmique de la ruralité où même la chasse (qui l’avait inspiré !) n’a pas osé migrer ».
Le président de la FNC, visiblement excédé, devait poursuivre : « Et cela continue : si j’en crois le projet de loi "Grenelle II" qui arrive à l’Assemblée, on nous promet de légiférer par ordonnance pour l’environnement et en faveur (je cite) des acteurs reconnus, représentatifs et dotés des moyens nécessaires ».
Traduisez : une écologie plus administrée et plus de places et de moyens pour des associations de protection qui ont déjà pignon sur rue tout en faisant des assemblées dans des cabines téléphoniques !
En clair, encore plus d’entrisme de ces groupuscules dans les Conseils économiques et sociaux et encore mieux que les 28 M€ de subventions annuelles que leur alloue notre généreux ministère de tutelle. Ce dernier restant toujours inhibé pour satisfaire la moindre demande des chasseurs quand un cacique de l’écologie le menace de rétorsions médiatiques.
La symptomatique affaire de Rambouillet
Et c’est vrai que le gouvernement semble toujours paniquer dès lors que trois représentants d’une micro-association "verte" donnent de la voix. On l’a vu lors du Salon de la chasse de Rambouillet. Il a suffit qu’une poignée de militants relayés par Yann Arthus-Bertrand menacent de s’enchaîner (!) dans le parc du château pour que la Présidence décide illico d’arrêter le chantier et de déplacer le Salon vers le haras de Bréviaires. L’argument des contestataires était que le parc du Château de Rambouillet était classé Natura 2 000 et que, partant, en faisant quelques travaux de terrassement, on allait bouleverser le milieu. C’est vrai qu’une pelleteuse peut malencontreusement faire décéder quelques vers de terre, trois chenilles et sans doute un certain nombre de cloportes mais, à ce niveau de l’argumentation, il faudrait interdire la circulation sur les routes de France. Les automobilistes sont des tueurs en série de moucherons et de moustiques. La vérité c’est que cette association profondément anti-chasse ne voulait pas de Salon à Rambouillet. Elle a d’ailleurs également tenté d’interdire sa tenue au haras des Bréviaires.
L’affaire de Rambouillet est symptomatique. Le gouvernement est pétrifié dès qu’un Vert grogne. Jean-Louis Borloo, tout en rondeur ébouriffée, ne cesse de distribuer bons points, sourires et encouragements aux associations fussent-elles fantomatiques. Les subventions européennes pleuvent sur les amis de la pipistrelle (une chauve-souris), les compagnons de la sauterelle verte, les chevaliers du hanneton. Les chasseurs peuvent bien, par le biais de leur Fondation, restaurer marais et prés bas, faire par exemple revenir le râle des genêts dans la plaine de l’Authion (Anjou) tout le monde s’en fiche. Si la restauration du milieu porte la signature cynégétique, les pouvoirs publics se détournent. En revanche, si une association écolo plante trois marguerites le préfet a les larmes aux yeux.
Ecologie véritable
ou idéologique ?
Cette scission entre l’écologie véritable et l’écologie idéologique (fortement ancrée à gauche, voire à l’extrême gauche) est désolante. A vrai dire, on ne comprend pas pourquoi le gouvernement ne cesse de donner des gages à ces militants. Pour les détourner de voter à gauche ? Chimère ! Les Verts veulent bien accepter les cadeaux mais n’ont pas pour autant la reconnaissance du ventre. Il s’agirait plutôt d’une sorte de chantage : cédez ou nous allons faire du bruit. Prompts à s’enchaîner aux grilles, à se rouler par terre, à se coucher sur les rails, bref à faire vibrer la grosse caisse médiatique, les militants tiennent les pouvoirs publics par la barbichette. Comme, en plus, tout le monde se met au vert, que la nature, y compris pour ceux qui naguère s’en fichaient, est au goût du jour, que des gourous annoncent l’Apocalypse, nos gouvernants marchent sur des œufs.
D’un point de vue strictement objectif, la Fédération Nationale des Chasseurs est certainement l’association écologique la plus puissante et la plus efficace de France. C’est elle qui a le plus de moyens financiers et sa Fondation Nationale des Habitats pèse plus lourd que les associations de l’autre bord. Mais – fait unique en Europe, aux Etats‑Unis c’est différent – le vert n’aime pas la chasse. L’homme politique doit donc faire un choix. Il a donc tranché. « La chasse (23 000 emplois, 1,3 million de pratiquants,
80 000 associations en France), rappelait Charles-Henri de Ponchalon, sait qu’elle disposera seulement de strapontins dans toutes les instances. Comme la pêche, pourtant plus politiquement correcte. Chasse et Pêche ne siègent même pas, l’une et l’autre, au Conseil National de la vie associative, avec plus de 3 millions d’adhérents, pourtant ! ».
Peut-être faudrait-il que les chasseurs, eux aussi, prennent l’habitude de s’enchaîner pour qu’on les écoute davantage ?
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