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  • La crise européenne menace la future PAC

    Dans un creux historique et malmenée par les marchés financiers, l’Europe saura-t-elle préserver sa PAC ? C’est la grande question de 2012 pour l’agriculture.


    Première puissance économique mondiale, l’Europe apparaît en ce début 2012 institutionnellement dévastée, politiquement impuissante et financièrement épuisée par la crise des dettes publiques nationales. Dans l’urgence dictée par les marchés financiers, peut-on faire comme si de rien n’était et parler de l’avenir ou du contenu de la PAC ? Rappelons que le budget sur lequel repose la PAC n’est pas à ce jour finalisé et ne le sera, au mieux, qu’après juin.
    C’est pourtant dans ce manque total de visibilité que continue de se négocier la PAC 2014-2020. Ces négociations ne pourront entrer dans leur phase opérationnelle qu’au second semestre prochain, quand le budget sera adopté. Certains estiment même que la crise européenne pourrait repousser à 2015 la future PAC qui restera de loin la principale politique commune.
    Plus que la dette, c’est bien la récession économique qui menace l’Europe si la rigueur allemande est érigée en modèle pour tous les pays de l’UE. Car l’Allemagne est tout aussi menacée, avec les économies exsangues de ses voisins qui sont aussi ses clients, ce que montre une toute récente étude de la Deutsche Bank qui prévoit une récession économique outre-Rhin en 2012.
    Improprement appelée crise de l’euro, alors que cette monnaie se tient (trop) bien par rapport au dollar, la crise européenne se fonde d’abord sur une absence de perspectives de croissance économique que les mesures drastiques prises par l’UE et par le FMI ne font qu’aggraver.
    Les marchés agricoles équilibrés ?
    Les perspectives sur les marchés agricoles incitent plutôt à l’optimisme si l’on en croit l’étude prospective de la Commission européenne sur la prochaine décennie, publiée au début de l’année.
    La Commission assure ainsi que l’offre et la demande augmenteront d’ici à 2020 pour le sucre, les céréales et les oléagineux. Les marchés des matières premières agricoles resteraient équilibrés selon la Commission qui ne voit pas l’utilité d’intervenir sur ces marchés. Et le revenu agricole par actif augmenterait dans l’UE, plus en raison d’une baisse de main-d’œuvre que par rentrée de revenu supplémentaire.
    Un plaidoyer bruxellois pour la poursuite de la libéralisation et l’inutilité d’une régulation des marchés. Il reste que l’agriculture et l’agroalimentaire apparaissent comme des atouts pour une économie européenne atone. Encore faudra-t-il que le budget PAC ne fasse pas les frais de la crise de la dette européenne pour que l’agriculture apporte son tribut à l’économie européenne.
    La taxe Tobin, une chance pour la PAC ?
    Le budget 2014-2020 sera déterminant pour l’avenir de la PAC. Or bien des Etats membres entendent taper dans ce budget agricole pour boucher les trous de la dette. Dans ce contexte, la perspective d’une taxe sur les transactions financières (dite taxe Tobin) proposée par la Commission en septembre dernier et que Nicolas Sarkozy entend rapidement mettre en place, en France d’abord puis dans la zone euro si possible, pourrait sauver la PAC.
    Le produit de cette (très modeste) taxe apporterait en effet, à partir de 2014, 55 Mrd€ au budget européen, actuellement de 130 Mrd€. Soit un grand bond en avant pour le budget de l’UE, ce qui desserrerait l’étreinte budgétaire sur la PAC. Et ce, même si l’UE parvenait miraculeusement à se mettre d’accord pour financer de nouvelles politiques communes nécessaires (énergie, défense, recherche…).
    Reste que l’Europe n’en est pas encore là. Sans compter que le traité européen issu de l’accord de Bruxelles du 9 décembre dernier, pour instaurer une intégration budgétaire des pays de la zone euro, et qui doit être finalisé en mars prochain, compliquera les négociations sur le budget de la PAC. Le Royaume-Uni s’est en effet mis en dehors de ce traité alors que seuls les volontaires parmi les 10 autres Etats membres rejoindront les 17 pays de la zone euro.
    Traditionnel adversaire résolu de la taxe Tobin et de la PAC, le Royaume-Uni ne manquera donc pas de peser encore plus sur ces négociations. Et comment concilier les stratégies budgétaires des 17 pays qui auront réalisé l’intégration de leurs politiques budgétaires avec celles des pays qui voudront rester en dehors de cette intégration ?
    La TVA sociale pour reconquérir des marchés ?
    Souvent en recherche de vision commune pour l’Europe, la France et l’Allemagne sont condamnées à sauvegarder les apparences de l’unité, sous l’œil des marchés financiers. Mais dans le secteur agricole, c’est bien l’affrontement commercial qui domine. Tant Bruno Le Maire que Xavier Beulin ont en effet mis comme priorité de 2012 la reconquête des parts de marchés perdues par la France dans l’UE au bénéfice de l’Allemagne.
    La France aura toutefois du mal à retrouver sa place si elle ne compte agir que sur le seul coût du travail. Car même s’il est anormal que l’Allemagne puisse faire travailler des Roumains à 4 € de l’heure, selon le code du travail de leur pays d’origine, d’autres facteurs de compétitivité allemands sont plus décisifs : créneaux commerciaux à l’export identifiés dans chaque Land avec des aides ciblées pour les PME, dialogue social dans les entreprises, fiscalité avantageuse pour les agriculteurs, tradition commerciale, pluriactivité, structures et organisations de production, etc…
    Reste que la FNSEA a fait de la “TVA sociale” son cheval de bataille pour 2012 afin de diminuer le coût du travail pour les employeurs et mettre à contribution les produits importés. Xavier Beulin demande toutefois au gouvernement de veiller au « service après vente » de cette mesure, si elle devait être votée au Parlement, afin d’éviter que les entreprises et la distribution n’en profitent pour seulement augmenter leurs marges ou que le gouvernement utilise cette ressource nouvelle « pour boucher les trous et satisfaire les agences de notation ».
    Lors de la campagne des élections présidentielles de mai prochain, les responsables politiques auront sûrement à cœur de montrer qu’ils veulent reprendre la main face aux marchés financiers qui dictent leur politique aux Etats et font leur gras avec la dette française (autour de 1 700 Mrd€ fin 2011 tandis que les Français détiennent 1 370 Mrd€ avec leurs seules assurances vie). Les choix pour la PAC dépendront de ce courage-là.