Miroir mon beau miroir …. En fait le "miroir" que l’on utilise à la chasse n’a rien d’une glace. Il s’agit d’une pièce de bois d’une vingtaine de centimètres qui tourne très vite sur un pivot. Ces miroirs étaient autrefois dotés d’éclats de verre ou de métal qui réfléchissaient la lumière du soleil. Mais une réglementation stupide les interdit aujourd’hui. Ce n’est pas bien grave dans la mesure où l’oiselet est attiré par le mouvement. Il pense avoir affaire à un rapace en difficulté qui papillonne au ras du sol.
Enfin, ce sont nos élucubrations car en vérité personne ne sait pourquoi l’alouette vient au miroir. Les ornithologues nous affirment qu’il s’agit d’un oiseau curieux. Pourquoi pas ? La chasse au miroir se pratique à l’automne quand les petits oiseaux chassés des pays du Nord et de l’Est descendent chez nous. C’était autrefois une activité lucrative ! Cinquante plumeurs professionnels entraient en action pour livrer le fameux pâté d’alouettes de Pithiviers. Les livres cynégétiques ont ceci de commun qu’ils rapportent parfois en boucle les mêmes bêtises.
Dans le cas particulier, on vous affirme qu’une bonne petite gelée blanche convient parfaitement à l’affaire. « Grosse erreur ! », rétorque André Marchand, le spécialiste français de cette chasse qui n’a jamais réussi avec de la gelée blanche. André Marchand ne badine pas avec la chasse à l’alouette. Elle est au centre de sa vie. Il a plus de mille miroirs chez lui, et sa maison de l’Est de la France, du verre aux assiettes en passant par le parquet, les tableaux et les bibelots, lui est entièrement dédiée. Je l’ai accompagné sur le terrain. Nous sommes en octobre et il fait très beau. Nous plantons le miroir réglementaire (sans facettes de verre) à vingt-cinq mètres de nos bottes et nous nous installons dans l’affût camouflé. Il faut tirer la ficelle qui actionne le dispositif de la main gauche, la droite tenant le fusil. Nous avons choisi un pré pour deux raisons : la première – et la principale – est qu’il est placé sous une voie de migration ; la seconde est qu’il est ras et que nous retrouverons nos alouettes sans difficulté.
Une capricieuse
Il s’agit d’une journée de petit passage et les oiseaux ne se bousculent pas. Certains passent très haut indifférents au piège ; mais d’autres quittent leur vol, plongent sur le miroir et papillonnent autour. On pourrait croire que le tir est facile. Hé bien pas du tout ! L’alouette est capricieuse, monte et descend, crochète, la cible est terriblement instable. J’ai emporté un calibre 28 doté de cartouches de 8 (un peu gros). Après quelques infortunes, voici les premières alouettes récoltées.
On voit bien leur petit ventre blanc sur le vert du pré. Il faut cependant aller les chercher tout de suite pour ne pas en oublier une sur le terrain. On ne s’ennuie pas en tirant la ficelle. Il fait très beau et nous sommes au cœur de la vie sauvage. En dehors de l’alouette, peu d’oiseaux s’intéressent au tourniquet. Nous verrons quand même un petit rapace foncer sur ce frère artificiel ; des pinsons aussi. Les étourneaux passent et ne s’arrêtent pas. Les corneilles et les freux non plus.
Tirer la ficelle constamment
Il faut tirer la ficelle constamment. En effet l’alouette repère le miroir à des centaines de mètres et bien souvent elle vous surprend en arrivant dessus. Rappelons que seule l’alouette des champs est autorisée et que le cochevis huppé, la calandelle et la lulu sont interdites. La chasse dure toute la matinée. Nous aurons la surprise de voir un renard, surpris par des chasseurs de lièvres, foncer sur notre abri. Malheureusement, il dévia un peu trop tôt et nos quatre cartouches de petit plomb ne le ralentirent guère.
André conseille de tirer assis, ce qui n’est pas toujours facile quand on n’a pas l’habitude. L’avantage de cette position c’est que l’on n’effarouche pas les autres oiseaux et que le doublé peut devenir plus fréquent. Notre expert chasse volontiers au calibre 24, mais cette fois il est au 12. La matinée s’écoule agréablement et quand nous plions bagage nous avons une dizaine d’alouettes au tableau.
Au chapitre de la gastronomie on déguste le gibier en pâté en conservant l’alouette entière au milieu d’une farce. Ne pas couper le pâté au couteau ! On l’émiette à la fourchette pour trouver la perle c’est-à -dire l’alouette confite. On peut aussi la manger en brochettes ou en cassolette. Les plus hardis gobent l’oiseau en entier en broyant les os avec les dents. Les autres mangent les filets et les cuisses.
La confrérie de l’alouette réunit en France une soixantaine de passionnés qui se battent pour sauvegarder cette belle tradition. L’ensemble des chasseurs les rejoindra évidemment si par malheur de mauvais génies s’avisaient de l’étriller.
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