Honneur au LAPIN

A une époque où le gibier sort massivement des boîtes, saluons cet amusant petit gibier, authentiquement sauvage et aussi sympathique dans les bois que dans l’assiette.


Avant l’introduction de la myxomatose, le lapin était le gibier n° 1 du chasseur français. Le rongeur prospérait partout, même sur les biotopes les moins appropriés, comme en témoigne ce commentaire sur une chasse privée de Lorraine. « Il y a peu de lapins en Lorraine où, en dehors des enclos, l’importation est interdite. Le propriétaire du parc de Sainte Marie a réussi une densité plus qu’honorable, bien qu’il soit obligé, à cause de la nature du terrain, de leur constituer des rabouillères dans les pierriers. Il en tue environ 2 000. Après un agréable déjeuner, on tire entre deux et quatre, quelquefois trois cents lapins en battue. Il n’y a pas d’autres gibiers et le tir est facile. J’ai tué une fois 42 lapins en 47 cartouches.» L’introduction de la myxomatose a réduit les populations.
Malgré cela, le lapin vient au second rang du tableau national avec 6 500 000 pièces prélevées. Selon l’ONC, près de la moitié des chasseurs prélèvent au moins un lapin par an et leur tableau moyen est de 6,4 pièces.
La billebaude est la chasse la plus fréquente. C’est la chasse des non-spécialistes, des sociétaires de communales qui battent le territoire le nez au vent. On ne peut pas dire que l’on chasse spécifiquement le lapin de cette façon. On le lève par hasard quand il est gîté au creux d’une haie, le long d’un talus, au bord d’un pierrier. L'amateur de cette pratique discrète et sans contrainte sait qu'un lapin qui déboule par surprise n'est pas une cible facile. D'autant que les sites qu'il fréquente ne facilitent pas souvent les choses et qu'il démarre généralement à la hauteur du chasseur, quand ce n'est pas dans son dos. Un lapin gîté ne se lève que s'il se sent découvert. Un chasseur dépourvu de chien devra pratiquement poser le pied dessus pour le faire déguerpir. Un lapin au gîte est en principe invisible ... sauf pour quelques “spécialistes” entraînés à “le prendre fin”, c'est-à-dire de dos et sur le bout de la tête, pour ne pas abîmer les parties charnues …
Le furetage est une chasse d’hiver qui semble, hélas, en recul. On ne sait trop pourquoi, la plupart des furets s’appellent « Coco ». Ces petits mustélidés partagent avec les journalistes cet affectueux sobriquet. Le furet appartient à la catégorie des prédateurs qui se nourrissent essentiellement de proies vivantes. En fait, le furet saigne ses victimes, et comme celles-ci sont le plus souvent des lapins, les chasseurs en ont profité pour l’utiliser. La technique de chasse est assez simple. Elle consiste à placer deux ou trois fusils à proximité d’une garenne et à introduire le furet dans un terrier. Le lapin, en détectant l’odeur soutenue de son ennemi, détale à toutes pattes et jaillit du trou comme un bouchon de champagne

Au vol
La chasse au vol du lapin se déroule comme la chasse à tir, l'attaque du rapace remplaçant la gerbe de plombs. L'oiseau, généralement un autour, part du poing de “l'autoursier”. On dit qu'il s'agit d'un “bas vol”, par opposition à l'utilisation des faucons pour le “haut vol” qui nécessite de prendre de l'altitude pour piquer sur la proie. “L'affaitage”, c'est-à-dire le dressage de l'oiseau, ne présente guère de spécificité par rapport à la chasse des autres gibiers. Il demande cependant une bonne expérience et beaucoup de patience, car l'autour à souvent un caractère ombrageux et susceptible.
Il suffit d’avoir chassé le lapin une seule fois à l’autour pour savoir combien cette méthode est efficace. Sur l’île de Noirmoutiers, je me souviens avoir pris, en compagnie d’autoursiers avertis, une dizaine de lapins en moins d’une heure. L’attaque du rapace ultra-rapide ne laisse que peu de chances au rongeur à moins que le milieu ne soit très encombré. Il s’écoule moins d’une seconde entre le moment où le rapace quitte le poing du rongeur et celui où il terrasse le lapin . La mort est quasiment instantanée, l’ergot en forme de poignard du rapace transperçant la nuque du malheureux rongeur.
Le lapin, animal de vénerie ? Hé oui ! Oberthur, notre maître à tous, faisait l’éloge du rongeur en ces termes : « On dit à tort “bête comme un lapin”. C’est au contraire un animal fort spirituel qui sait ruser avec un certain sens de l’humour, mais il est bohème et insouciant et c’est la cause de sa perte. Je vous assure que le “connil” fait des retours, des doubles voies comme le meilleur animal de vénerie. Il sait profiter des accidents de terrain, se remet dans les arbres et nage comme un poisson ; il plonge même à l’occasion, entrant dans un terrier inondé jusqu’à la gueule, mais sachant que, grâce à un coude, il trouvera une remontée bien au sec où personne ne viendra le chercher. » C’est une vénerie fine et amusante aussi difficile à pratiquer que de sonner la fanfare consacrée à l’animal.
On chasse enfin le lapin aux chiens courants. C’est la plus classique des chasses du rongeur. Economique, rigolote, elle satisfait à la fois le chasseur d’un certain âge et les jeunes amateurs de petite vénerie. Car c’est bien de vénerie qu’il s’agit. Certes, les chiens ne prennent jamais le gibier (en dehors des sujets myxomateux) mais ils peuvent le mener longtemps. Comment découvrir les finesses de cette technique ? En premier lieu il faut acquérir des chiens spécialisés. Ces auxiliaires doivent répondre à des critères spécialisés. La taille d’abord. Un “lapinier” doit pouvoir se glisser dans des coulées étroites et forer son passage sous la ronce. Certains chasseurs aiment la belle musique et le style des chiens courants de races pures type fauves de Bretagne, beagles ou harriers.
Des Prugnes, dans son traité consacré aux chiens courants, est un partisan inconditionnel des bassets. « Un chasseur, affirme-t-il, doit toujours avoir un couple de bassets ; les plus petits sont les meilleurs. Ces chiens-là sont dressés en venant au monde ; on n’a qu’à leur faire connaître le lapin. » Et de conclure amoureusement : «J’accuse pour le basset une prédilection qui va jusqu’à la tendresse. »
Avec ce cri du cœur, c’est vrai que le basset « prend des points » comme disent les dresseurs…

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