La biomasse mobilise les coopératives

Les coopératives, qui maîtrisent l’approvisionnement grâce à leurs adhérents, s’estiment bien placées pour exploiter la biomasse. Ces nouveaux marchés sont vus comme un relais de croissance à conquérir.


Plusieurs coopératives se sont déjà lancées dans les énergies renouvelables, les biomatériaux et la chimie verte. Beaucoup d’autres ont des projets plus ou moins avancés, mais il est certain que le sujet passionne, comme on a pu le voir lors d’un colloque organisé le 3 février dernier par Coop de France.
Les coopératives sentent bien que le marché du carbone renouvelable est à conquérir, même s’il est parfois embryonnaire et qu’il dépend de politiques publiques parfois changeantes. Plusieurs dirigeants ont d’ailleurs déploré le manque de lisibilité sur le long terme. La baisse de la défiscalisation des biocarburants au moment où les usines se construisaient, ou la révision soudaine des tarifs d’achat de l’électricité photovoltaïque en sont des illustrations.
Sur ce marché éminemment politique, les adhérents sont une bonne voie pour porter le message sur le territoire. L’autre avantage de la coopérative est de maîtriser la terre. Mais, selon Philippe Mangin, président de Coop de France : « Elle ne doit pas seulement être apporteuse de matières premières. Il faut imaginer des partenariats avec des industriels ou aller jusqu’à l’industrialisation des projets. »
Et ces projets ne peuvent être que collectifs, car leur réussite s’inscrit sur le long terme en raison des investissements importants qu’ils nécessitent en logistique, en stockage et en procédés industriels. L’innovation ne peut se conduire seul, d’où l’importance de développer un réseau de partenaires scientifiques et industriels.
Plusieurs témoignages ont été présentés lors de ce colloque. Tous ont pour point commun des préoccupations environnementales, de mettre en œuvre des partenariats (avec d’autres coopératives, le monde scientifique ou de l’industrie) et de changer de métier en devenant transformateur.
On peut citer la production de granulés de bois et d’agropellets avec La Dauphinoise, dans la Drôme. Un marché de 7 Mt en Europe, qui se décompose pour moitié par le marché domestique et industriel, alors que le marché français est essentiellement positionné sur les particuliers.
La CAVAC, en Vendée, s’est lancée dans les biomatériaux à base de lin et de chanvre. La laine de lin se développe, même si elle ne représente que 3 % du marché français des isolants.
De leurs côtés, Limagrain commercialise Biolice, un plastique biodégradable utilisé notamment pour le paillage des cultures, et la coopérative d’Haussimont, dans la Marne, développe des sacs plastiques à base de fécule de pomme de terre.

Un tarif EDF multiplié par 2

La société vendéenne Biogasyl répond aussi à des préoccupations environnementales par la méthanisation des déchets agricoles et d’effluents d’abattoir. Cette activité est rentable tant que ceux qui fournissent les intrants paient pour les éliminer. Le problème est que les coûts de traitement diminuent tous les ans. En revanche, le tarif d’achat par EDF de l’électricité produite à partir de biomasse vient de doubler et devrait être compris entre 12,5 et 15 centimes le kWh, selon les projets. Autre perspective intéressante pour la méthanisation, selon Claude Roy, responsable biomasse au conseil général de l’agriculture (ministère) : dans un an environ, l’injection de biogaz dans le réseau devrait se développer avec une obligation de rachat par Gaz de France.
Des projets peuvent aussi aboutir à une échelle plus modeste, comme le montre la CUMA Pleybert-Christ, dans le Finistère, qui a mis en place un partenariat avec une collectivité territoriale. Des saules ont été plantés pour dépolluer les boues urbaines et produire de l’énergie pour une chaufferie collective.
Parmi toutes les réalisations présentées lors du colloque, le projet le plus abouti est sans doute la bioraffinerie végétale qui est en train d’être mise en place sur le site de Pomacle Bazancourt, dans la Marne. Elle illustre bien l’intérêt de mutualiser les efforts de recherche. « En 1997, 10 coopératives ont décidé de donner 0,15 € par tonne collectée pour créer Céréales Recherche Développement. Les collectivités locales ont suivi. Cela a permis de mobiliser des sommes importantes », indique Mathias Sexe, vice-président de CRD.
Les différents partenaires de ce concept de bioraffinerie ont mis en place des synergies : les coproduits des uns devenant les intrants des autres. Ils ont aussi accepté de partager les risques et la valeur ajoutée.

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